Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

« That’s all folks », une expo qui détourne les (QR) codes de nos civilisations troublées

6 février 2015 > > 2 commentaires

Mister Ride et Andoni Maillard exposent au Cinéma l’Atalante de Bayonne une série de détournements, le lieu-même n’échappant pas à leurs réflexes de mises en décalage des « codes de bonne conduite », qu’ils dynamitent avec le sourire.

Le titre de l’expo portait déjà en lui une dose certaine d’ironie, les deux artistes Mister Ride et Andoni Maillard s’étant accordés sur un « That’s all, folks » à même de compléter leur dénominateur commun, le premier ayant travaillé par le passé dans le Cinéma L’Atalante de Bayonne, et l’autre se préparant à laisser son poste.

Le gimmick cartoonesque valait donc cette pirouette finale, rendue chaleureuse par l’invitation qui leur fut faite l’an passé par la commission Expositions d’en occuper l’espace, du 6 février au 9 mars, pour un mois de mises en valeurs d’un travail déjà reconnu.

Mister Ride puisant dans le cinéma ses créations organiques, à même de les honorer ou de les désamorcer ; Andoni Maillard s’inscrivant dans une veine d’un kitsch démystificateur cher aux yeux de l’écrivain Milan Kundera : sur l’un des murs pourtant, une série de tableaux bancs, uniquement occupés en leur centre d’un code numérique (QR code) laisse paraitre un trouble.ride-maillard-bayonne-9

« Une incompréhension », explicite Mister Ride, le mal sensible d’une civilisation troublée : l’impact visuel des armes, qu’il réalise sous forme de pochoirs herbagés, et qui n’ont pas été admises pour cette exposition.

De la contrainte est née un détournement artistique original.

Ainsi, un simple smartphone, via son programme de lectures de QR codes, permet de voir ce qui ne pouvait être vu, de rendre visible ce qui ne pouvait l’être, envie d’évoquer « une smart exposition », et de parler de « la persistance de l’in-montré ».

ride-maillard-bayonne-6ride-maillard-bayonne-7ride-maillard-bayonne-8L’exposition pourrait également se voir évoluer, le malaise perceptible montrant combien la décision initiale de restrictions des œuvres n’a pas engendré l’unanimité, motivant ainsi la possibilité de retour des représentations honnies.

Ce vendredi soir, pour son inauguration, elle devrait nourrir bien des commentaires, qui se mêleront aux compliments qu’elle fera également naitre.


Mister Ride [That’s all, folks »]

ride-maillard-bayonne-1

Tout juste sorti d’une rencontre avec le diabolique FJ Ossang la semaine passée à la librairie le Festin Nu de Biarritz, Mister Ride continue son travail autour du détournement des clichés du 7ème art, ainsi que de la résurrection végétalisée des grandes figures de la littérature maudite.

ride 1De Niro dans Taxi Driver aux esquisses presque finalisées des Tontons Flingueurs, ses héros s’appellent aussi Bukowski, Baudelaire ou Edgar Allan Poe.

Sa série la plus spectaculaire reste ces « Girls with guns », ces femmes aussi belles que menaçantes, enceintes et armées, capables dans le même instant de vous donner la mort et d’offrir la vie.

Il a délesté Joan Jet de sa guitare pour lui coller une kalashnikov entre les bras, une opposition de clichés qui les désarme, ses confections bien peu dangereuses (peaux, écorces, herbe) venant s’opposer à leurs représentations, un travail sur le duel entre le sujet et le support qui fait de ce résident des ateliers des Serres de la Milady à Biarritz l’un des créateurs des plus intéressants à suivre.

Dans le sillage d’un CharlÉlie Couture dont il apprécie fortement son travail polymorphe, le travail de Mister Ride est visible sur son site dédié, http://mride.fr/


Andoni Maillard [That’s all, folks »]

Le détournement est une des pierres de voûte du travail de ce jeune artiste, qui se sert des objets habituels et un peu kitsch de la quiétude de dimanches après-midi au coin du feu, pour les transformer en sujets nettement plus contemporains, et nettement moins pacifiques.

Ses créations portent la volonté manifeste d’une guérilla ouverte entre le support détourné et l’impact visuel recherché, comme ces cocktails Molotov platrifiés exposés à Pampelune à l’été 2013 : de dangereux et éphémères par usage, ces objets de mort pouvaient alors se concevoir comme des pièces à admirer, dans la durée.

La peinture d’une fresque de scène de chasse perturbée par l’inscription en son centre d’un bolide de luxe ; des points de croix traditionnels recouverts d’autres motifs portant le même savoir-faire, mais les faisant basculer dans le registre de la stupéfaction :

ride-maillard-bayonne-4tout est motif à de patients aller-retours des clichés, jusqu’à ses enjoliveurs de voiture, détournés de l’obligation d’anticiper l’époque quand lui les recouvre de motifs de vieilles assiettes de nos grand-mères.

Et Andoni Maillard a clairement choisi de ne pas choisir son camp.

ride-maillard-bayonne-5Jusqu’à la représentation des planches de skate, chères aux teenagers de Larry Clarke, n’échappe pas au décalage, une fois recouvertes de broderies pour les transformer en objets fragiles.

Un travail qui peut être apprécié dans sa globalité, sur son site dédié : http://andonimy-art.com/


 


Commentaires

2 réponses à « That’s all folks », une expo qui détourne les (QR) codes de nos civilisations troublées

  1. Simon dit :

    « Une incompréhension », explicite Mister Ride, le mal sensible d’une civilisation troublée : l’impact visuel des armes, qu’il réalise sous forme de pochoirs herbagés, et qui n’ont pas été admises pour cette exposition.

    De la contrainte est née un détournement artistique original.

    Ainsi, un simple smartphone, via son programme de lectures de QR codes, permet de voir ce qui ne pouvait être vu, de rendre visible ce qui ne pouvait l’être, envie d’évoquer « une smart exposition », et de parler de « la persistance de l’in-montré ».

    Au-delà du jargon, ce coup de com est fondé sur une interdiction qui n’existe que dans la tête de son auteur. La posture de l’artiste censuré et bafoué est sans nul doute confortable et « vendeuse ». Le travail du journaliste n’aurait-il pas néanmoins impliqué une vérification de la véracité de cet acte de censure auprès de la commission des expos de l’Atalante?

  2. A défaut de prendre Xavier Ride pour un illuminé, qui s’auto-flagelle et se draperait dans un costume d’auto-victime, il me semble avoir eu affaire à quelqu’un qui n’inventait rien.
    Suis preneur de tout contact à même de me présenter officiellement une autre version, bien entendu,
    et merci pour ce commentaire intéressant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.