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Le théâtre du Versant à l’heure d’ailleurs

16 novembre 2013 > > 2 commentaires

A l’entrée de leurs locaux, une batterie d’horloges vous informe que vous êtes arrivé à l’heure, celle de Biarritz mais également de Bamako, qui lui est accolée. Et le Chantier Sud-Nord que proposera le Théâtre du Versant, depuis sa base de lancement à Biarritz, n’a pas commencé (du 19 au 22 novembre prochains), que leur local près du lac Marion retentit déjà d’embrassades et de rires partagés, entendus en espagnol, en allemand, ou en bambara.

Le maitre des lieux, Gaël Rabas, savoure cet instant, lui qui avoue avoir bifurqué il y a 35 ans vers le théâtre et cette compagnie, « pour l’amour d’une femme, qui m’a quitté 6 mois après », se fend-il d’un grand sourire, « c’est la vie » illuminant son visage.

Le Théâtre du Versant, qu’il incarne donc, est porté par ses yeux clairs, qu’il n’a jamais imaginé fixés sur son seul pré carré : la formation, la création, et la recherche théâtrale.

« Le terme colloque est tellement con, mais bon… » : jusqu’à l’inversion de l’ordre habituel des termes pour ce Chantier Sud-Nord porte son désir internationaliste (peu importe si ce mot n’existe pas comme il le rêve), celui d’un gamin sorti de Sciences Po, qui se rêvait un destin d’ambassadeur, « à la Claudel, à la St John Perse », et qui a embrassé le théâtre comme on respire le parfum de la chevelure d’une femme.

gael-rabas-versantCes quatre jours de rencontres et de travail en commun ne seraient donc que le voyage inconscient d’un jeune homme épris d’ailleurs, feuillage apparent d’un jeune arbre dont l’âge est moins important que ses racines : le Mexique, le Venezuela, la Martinique, la Réunion, le Maroc, Madagascar, « j’ai dit Nouvelle Calédonie, ou je l’ai oubliée dans la liste ? », et le Mali.

« Et le Mali ».

Il faut relire cela, et prendre un peu de temps.

Le Mali, terre de tragédies post-coloniales, où la France s’invite en maître de guerre, et attend une déférence fraternelle qui ne garantit pas d’être réciproque. Que viennent faire là-dedans des considérations culturelles, quand le langage des armes et de la peur s’est imposé comme la seule logique ? « La culture est la réussite de nos histoires communes », balaie Gael Rablas d’un geste conscient.

Ici, depuis le Versant, les réseaux ne sont pas virtuels : ils constituent la chair d’une certitude ancienne, « travailler avec l’ailleurs », il répète le mot « rêve », et précise : « Sans l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), on n’aurait jamais pu organiser tout ça ».

Et le « tout ça » est riche.

Quatre jours de débats publics où seront rendus visibles les liens entre artistes, mais également entre des communes et des politiques (en particulier entre la ville d’Anglet et la ville malienne de Konna). Quatre jours de théâtre, de danse, de lectures, il faut que la chair exulte, et que les corps s’emparent de ce mot, « humanité », que les théâtreux comme lui refusent de considérer comme accessoire. Ou périphérique.

gael-rabas-versant-3« Sous les gravats des chantiers, il y a des sources, elles formeront sur la pente des vallées fraîches ». Dix ans que la compagnie du Versant pose en étendard une de ses citations, portée par les ailes de son désir : cela commencera donc par du Peter Handke, héritage nourri des liens entre Anglet et Ansbach, dont le seul titre de la pièce qui sera jouée en ouverture le mardi 19 novembre suffit à donner le ton, « L’heure où nous ne savions rien de l’autre ».

Le mercredi, la danse de Artincidence, venue de la Martinique, puis celle de la compagnie hongroise TransDanz, toutes deux invitées du CCN Malandain Ballet Biarritz, manifesteront leurs désirs de faire partie du banquet. Avant de céder leurs places à la co-production commune, « La Troisième racine », manifeste libertaire signé du Versant, du Mexique, de Haïti, et du Mali. « Et du Mali ».

Il faut le redire. Le relire. « Tout ça » n’est pas rien.

Il nous sera offert comme l’idée d’un monde global fait pour nous, et par nous. Une évidence construite couteau entre les dents, pour taillader dans les scénarios écrits d’avance, qui déclinent l’Histoire en tranches de guerre, et les relations entre les peuples en seuls flux économiques.

14h à Biarritz, 14h à Bamako, au Mali, et combien à Mexico ? L’heure, ici, ne fixe que celle d’un rendez-vous avec l’ailleurs, c’est à dire avec nous-mêmes. Les yeux grand ouverts.

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Commentaires

2 réponses à Le théâtre du Versant à l’heure d’ailleurs

  1. | Eklektika dit :

    […] représentation de la pièce « La Troisième Racine », à l’occasion du Chantier Sud Nord porté par le Théâtre du […]

  2. […] à l’initiative du Théâtre du Versant pour son Colloque Sud Nord, plusieurs personnalités maliennes et internationales sont intervenues […]

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