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Thee Silver Mt Zion Orchestra prêt pour l’incendie, le Canada déraille

24 septembre 2014 > > Soyez le premier à réagir !

Les dés ont été mal jetés. C’est comme cela, et vous n’y pouvez rien. L’Histoire nous enseigne Jules Ferry, et ne souffle mot sur Louise Michel. La littérature a choisi Victor Hugo, et effacé Jules Barbey d’Aurevilly. La musique regorge également de ce genre de défaites désignées comme telles, où réussir a essuyé ses pieds sur affirmer.

Et c’est sans doute encore plus accentué sur une scène rock, avec cet instinct quasi-suicidaire qui consiste à balancer ses tripes devant un public qui vous supplie de le faire. Et paie pour ça.

Ceux qui font semblant, ou s’arrangent, ils sont nombreux, les mignons, remportent la mise. Mais ils le confient à leurs mauvaises nuits, plus souvent qu’aux journalistes ou à leurs fans : ceux qui ont refusé de monter dans la limousine leur inspirent un profond respect, et une admiration qui confine à une jalousie empoisonnante.

En 2003, Radiohead invite le groupe islandais Sigur Ros, encore peu connu du grand public, à monter sur scène avant leurs concerts. Une erreur, que son leader, Thom Yorke, prend comme une batte de baseball dans la tête. Ebranlé par la force tellurique qui se dégage d’eux, il détruira son album alors en préparation, pour retourner en studio, « we fucked up« , se contentera-t-il d’expliquer aux membres du groupe. Et, depuis San Francisco, Anton Newcombe et son BJM hantera toute la carrière de ses meilleurs ennemis des Dandy Wharols.

smz-bandAu Canada, cela fait presque deux décennies que Thee Silver Mount Zion Memorial Orchestra (SMZ, abréviation de ce dernier maillon d’une lignée entamée avec Godspeed You Black Emperor!) n’a pas le succès de ses compatriotes d’Arcade Fire.

L’écoute de leur dernier album, « Fuck Off Get Free We Pour Light On Everything » (« Rien à f*****, libérez-vous, nous répandons la lumière partout ») dévoile des similitudes musicales dans l’intensité incantatoire, tout en martelant sa différence avec la bande à Win Butler. Eux aussi auraient pu devenir des fils de bonne famille, cynisme caché derrière d’impeccables lunettes de soleil, mais ils ont plutôt choisi de ne pas fléchir.

Un univers intense, quasi-religieux parfois, avec des riffs d’apocalpyse, « tout ce qu’on peut dire, c’est que la musique, c’est une façon de vivre, et pas seulement ce qu’on fait pendant les week-end. C’est quelque chose à qui tu donnes ta vie, et nous, on va continuer, sans aucun doute« , peut-on y entendre dans ce 7ème album. Le message a bien été envoyé à Arcade Fire, qui peut perdre son temps à noyer son élan initial dans les endroits où des coupes de champagne les attendent.

smz-5Et l’Atabal ne s’est donc pas trompée, en nous programmant l’une des plus puissantes formations musicales que notre planète rock, à bout de souffle comme tous les autres, porte encore, tout en les négligeant. Sauf ce vendredi soir 26 septembre 2014, où le centre de gravité du monde se déplacera à Biarritz pour l’occasion.

SMZ est né il y a 20 ans d’un trio de musiciens tout simplement dangereux : Elfrim Menuck, dont la voix est devenue la composante enfin centrale, sublime de beauté chamanique, de ses sidérants tunnels sonores à la guitare ; Sophie Trudeau au chant et violon et Thierry Amar, indifféremment à la basse électrique ou à la contre-basse.

Ces trois-là ont entrepris un voyage dont on ne revient pas, par des compositions post-rock, directes et énergiques, qui peuvent prendre les apparence d’une furieuse symphonie apocalyptique, ou vous laisser tremblant devant  de longs crescendos atmosphériques à vous hérisser le poil d’émotion.

smz-2Alors chaque concert de ce collectif de 5 musiciens aujourd’hui est une expérience sidérante de re-découverte de ce que l’élégance peut véhiculer d’impact physique, sonore et onirique, à la manière de groupes comme Mogwai ou My Bloody Valentine qui ne quittent la scène que quand son plafond est correctement lézardé.

Leurs morceaux sont longs, suffisamment pour en produire une transe salvatrice, et décourager les programmateurs radios. Une radicalité qui va de pair avec des textes qui ne ménagent, de toute façon, aucune des règles de bienséance.

« Il y a la guerre dans nos cités/et des affrontements au centre commercial« , l’empire en a fini avec son règne, « nos gamins vont mourir/il est encore temps de les embrasser« , détruire le mur entre l’inaction et les rêves des sans-voix est le projet implacable d’un groupe impossible à classifier.

Il faudrait écrire : SMZ est essentiel.

Sauf que l’on n’utilise jamais ce mot pour les révoltes citoyennes du passé, les mauvais garçons des années 60, les résistants actuels. Ou pour les groupes qui ouvrent leurs albums par un « Fuck off, get free » hypnotique. Et crachent sur ces dés les enjoignant à un peu plus de retenue, pour se rapprocher du milieu, cet endroit invivable où la marge n’a plus de raison d’être.

Une plaisanterie de mauvais goût, pour SMZ, pour qui l’heure n’est pas à la gaudriole. Ils ont décidé d’envoyer du bois. Sons lourds et paroles sans chichis. « Éduquez bien vos enfants« , entonné dans un cri. Leur parler de Louise Michel, dans un même élan collectif.

« we believe in what we do, and move forward slowly. we’re lucky and we know it. we earn an honest living, though it gets harder all the time.

see you on the road…« , ont-ils fait paraître sur le site de leur maison de disque.

Alors on va tout de même l’écrire : essentiel.

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