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Timbuktu : ce qu’il faut rendre à la « France ouverte » masquée par les statuettes des Césars

23 février 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Sept Césars pour le film Timbuktu de Sissako, le succès de la « rencontre des civilisations » sur laquelle la France politique est en retard, ou à contre-sens, depuis les attentats de Charlie.

En remettant cette nuit son Prix de meilleur film en langue étrangère à Ida du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski, l’Académie des Oscars a mis fin au ban des effusions qui ont entouré Timbuktu dans sa Nuit des Césars samedi soir, où il a remporté sept statuettes, dont ceux du meilleur film, de la meilleure réalisation et du meilleur scénario.

Aux puissantes et indéniables qualités de cette réalisation franco-mauritanienne s’est superposé un sentiment de gêne, que l’Académie française du Cinéma peut faire naître sur certaines éditions.

Par cette cérémonie que la chaine cryptée a une nouvelle fois placé sous la tyrannie du rire, aura été saluée une « victoire symbolique » de Timbuktu, quand le propos même du film est un contre-sens flagrant à la notion d’un « évènement » par cette déferlante de Prix.

L’ériger comme un sacre du cinéma français est un paravent politique commode, qui a permis au Premier Ministre Manuel Valls de faire le malin sur Twitter en saluant la responsabilité prise de « résister à la barbarie », ou à la Ministre de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin, de communiquer sur le registre de « la diversité de la création, de l’audace, de l’ouverture ».

Qu’aucun de ces deux politiques ne le prouve au quotidien, en évoquant l’islamo-fascisme pour l’un, ou en faisant reculer la défense des acteurs intermittents de cette diversité pour la seconde, aura rajouté au spectacle du moment, bien moins crédible que le moment d’émotion véritable de la cérémonie, quand a été interprétée sur scène la magnifique chanson tirée de Timbuktu.

cesar-timbuktu-6L’humilité de Sissako, la lumière qu’il a jetée sur l’Afrique, son regret que ne soit pas assez évoquée la beauté de ce continent, jusqu’à la compréhension humaines des bourreaux : Timbuktu est une oeuvre forte à qui n’était pas indispensable cette préfabrication circonstancielle, sous forme d’un nombre notable de nominations.

Si elle devait être politique, la victoire de Timbuktu ne réside pas dans cette France d’un soir, noeuds pap riants, mais dans la capacité qu’ont eu 800.000 spectateurs à se rendre dans un cinéma qui l’a programmé malgré son absence de Prix à Cannes au printemps dernier.

Sissako l’a compris, sans doute comme aucun réalisateur avant lui sur la scène du Chatelet, en saluant « cette France ouverte aux autres », qui ne ressemble pas à ce « choc de civilisations » que décrivent en permanence les responsables politiques de l’Hexagone depuis l’attentat de Charlie.

Lui y a opposé l’obligation d’une « rencontre des civilisations », lors de son beau discours après la remise du César du meilleur réalisateur.

Et le Ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve ne devrait pas prendre cette déclaration pour de la simple poésie.

La politique française, nourrie de ventes de Rafale et d’emprisonnement de mineurs récalcitrants, est en retard, ou à contre-sens, de cette fraternité déployée par Sissako.

Il faudrait ne pas avoir oublié sa déclaration lors de son passage à Cannes, où il estimait nécessaire de rappeler que « Tombouctou n’a pas été libérée par les forces françaises de Serval. La vraie libération, c’est ceux qui chantaient au quotidien dans leur tête une musique qu’on leur avait interdite, ceux qui jouaient au foot sans ballon ».

La cérémonie est passée, le « symbole » a été posé, tout le reste est encore à construire, a souhaité rappeler le cinéaste mauritanien.

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