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« Toni Erdmann » : inoffensif jeu de rôles, loin du « film trop drôle » annoncé (et une appli éthylotest)

17 août 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Sorti le 17 août sur les écrans des (bonnes) salles françaises, il n’y a aucune raison objective de bouder le film de la rentrée ciné, mais pas plus non plus de penser que « Toni Erdmann » de Maren Ade vaille tous les sacrifices de vos loisirs.

Depuis sa présentation en mai dernier au dernier Festival de Cannes, les superlatifs sur le film allemand Toni Erdmann, dans les salles depuis ce mercredi 17 août 2016, sont à peu près aussi fournis que ceux fleurissant sur la portée « phénoménale », « magistrale », « délire »,  « épatante » de l’innovation de ce patch qui, désormais, vous permet d’avoir votre alcoolémie directement sur votre smartphone (si vous ne l’avez pas perdu dans votre tournée des bars).

toni-erdmann-cine-2Chez son distributeur français Haut et Court, la communication sur l’affiche du film a choisi de délaisser l’argument imaginable d’un « vrai scandale » du fait que le 3ème film de la réalisatrice et productrice Maren Ade (assez peu repérée dans le milieu) ait été « scandaleusement » écarté du Palmarès final : avec une efficacité que l’on salue habituellement chez les garnisseurs de têtes de gondoles d’hypermarchés, il faut reconnaître l’impact réussi du message commercialo-positiviste, visible sur de nombreux supports, sur « la Palme de la presse et du public ».

L’histoire repose sur Winfried, vieux père germano-bougon qui fait le clown masqué (Toni Erdmann est son pseudo de comédie quotidienne, mais chutt), parfois triste, souvent maladroitement, quelque fois plus convaincant, auprès de sa fille, trentenaire cadre sup tentant de garder son équilibre émotionnel en Roumanie dans le milieu de la finance cynique et des plans sociaux qui la nourrissent.

L’idée de départ est à la fois sympathique et passablement inoffensive, suffisamment engageante pour qu’on s’en approche, et correctement traitée pour que l’on décide de reporter l’achat du patch alcoolémie du smartphone sans attendre la fin du film, 2h42 tout de même.

Toni Erdmann, c’est pas mal.

Dit comme cela, c’est court, trop à l’évidence, et cela manque de respect vis à vis d’une réalisation sans génie particulier, mais que l’on regarde sans déplaisir aucun.

toni-erdmann-cine-4Les deux interprétations principales (Peter Simonischek, Sandra Hüller) existent à l’écran, sans avoir à vous demander s’il y a suffisamment de réseau internet dans la salle de cinéma pour vous permettre de charger l’appli éthylotest (là tout de suite).

Mais le film déroule (parfois très très lentement) un jeu de rôles qui l’éloigne de toute émotion sincère et véritable.

Il échoue dans son objet politique (asticoter le grand capital) et peine à convaincre d’une réelle trajectoire de chrysalide pour son héroïne qui passe de la honte face aux pitreries de son père jusqu’à la honte de sa propre vie professionnelle.

Une scène de (pauvre) sexe, placée au bout de 1h50, permet également l’espoir d’une résolution plus poilue que ce déroulé prévisible, qui ne fait qu’effleurer sans les traiter des aspérités sociales mondialisées et  pré-mâchées (les pauvres souffrent, c’est dur le chômage qui va leur tomber sur la gueule, les spéculards baisent comme ils bouffent du homard, sans s’en réjouir, et aucun personnage n’évolue concrètement dans ces schémas déterministes).

La frénésie autour du film tient sans doute à cela : le gentil humour potacho-teuton fonctionne dans une scène « au poil », une seule à dire vrai, que vous nous reprocheriez de vous résumer, mais c’est vrai que c’est sympatoche (et pas plus)

toni-erdmann-cine-6Reste que la structure du film fonctionne comme une bonne blague de collège, que l’on aurait améliorée de récit en récit jusqu’à la rendre efficace, mais sans en éviter les longueurs.

En les enlevant, il ne reste pas grand chose.

Au début, un chien meurt, mais on n’avait pas réellement retenu son nom, de toute façon. Et à la fin, une grand mère suit le mouvement, mais on n’avait pas fait connaissance plus que ça.

toni-erdmann-cine-5Entre temps, donc, la fille chante à tue tête et le père peint des oeufs, mais cela n’étonne pas plus que les incohérences, pardon, les libertés, que la réalisatrice a tout à fait le droit de distiller dans son film (essayez déjà de monter votre film de surf tourné en go-pro cet été, et vous pourrez critiquer ensuite).

Les gags ? Voyons. Pas sûr que l’on s’en souvienne longtemps. Leur problème est la chute, inexistante, chaque séquence décalée ou « riante » ne menant finalement à rien, en dehors de nous rapprocher de la fin.

Après Cannes, la réalisatrice confiait sa surprise, « j’étais étonnée que les gens rient devant une comédie, je pensais avoir fait un drame », le seul en l’espèce est que son scénario, à ne pas choisir son camp, n’est ni l’un ni l’autre.

Parce que le film ne s’oppose en rien à la vie, même s’il ne nous file pas grand chose qui la nourrisse concrètement, Toni Erdmann fait partie de ces détours non obligatoires qui ne nourriront aucune colère de cinéphile. Mais aucun superlatif (même de saison) non plus.

C’est donc bien, ce projet de Maren Ade, voilà, parce que c’est bien de repartir au cinéma, passé le 15 août, et d’envisager que l’été est fini et que l’on arrêtera de vous prendre pour une porte feuille à deux pattes quand vous vous approchez d’une terrasse de bar.

Ne pas oublier de télécharger l’appli qui permet d’afficher votre niveau d’alcoolémie directement sur votre smartphone.


toni-erdmann-cine-affToni Erdmann, de Maren Ade

2h42 en VO – Actuellement sur les écrans de la côte basque, à L’Atalante de Bayonne, au Royal de Biarritz, au Sélect de St Jean de Luz, à Itsas Mendi d’Urrugne


 


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