Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

Translatines : l’homme sur les planches, et un cri [Flux#7]

10 octobre 2013 > > Un commentaire

Jean-Marie Broucaret égrène doucement le feuillet devant lui.

Dans ce programme de présentation de la prochaine biennale des TRANSLATINES, du 13 au 19 octobre, il n’y lit que des certitudes. Les siennes et celles de son équipe du Théâtre des Chimères. Toujours les mêmes, à l’œuvre depuis 1981. La vie portée à bout de bras, fortement tendus vers l’autre, là-bas et ici.

Ce n’est pas une figure de style ou une pose, mais un combat culturel structuré comme son ADN, entremêlé d’un théâtre du cri et de l’idée qu’il s’est faite, jeune homme de 28 ans, de l’ambition populaire. Pas un mot fourre-tout, là non plus, mais bien la recherche d’une effervescence, ressentie avec émotion à la toute première édition de ce qui deviendra le Festival de Théâtre de Bayonne, tout d’abord planté sur la modeste scène de la MJC des Hauts de Ste Croix.

Soixante-dix personnes en moyenne à chaque représentation, dans une ville alors privée de son Théâtre, fermé pour travaux. Ses parents sont au stand croque-monsieur, et ne lui reprochent pas d’avoir plaqué l’Education Nationale pour fonder sa compagnie, quelques mois plus tôt. Il s’engouffre dans le souffle culturel porté par Jack Lang, quatre emplois culturels sont créés pour une année, c’est le début d’une aventure collective dont nul n’a besoin de connaitre la destination finale. En 1983, l’immense acteur Michel Bouquet est au rendez-vous de la 3ème édition, « les gens m’appelaient pour savoir si c’est vraiment lui, ou un homonyme », s’esclaffe Jean-Marie.

Les points d’ancrage tracent un chemin en dur, la trajectoire remarquable emprunte aux cris des peuples et à la libération du corps. L’Espagne débarrassée du Caudillo déferle avec les rugissements de la Fura dels Baus, une déflagration incroyable dont le souffle a propulsé le Festival au cœur des évènements qu’il n’est plus admissible de bouder. Le formatage reste un gros mot, alors que débarquent les compagnies d’Amérique Latine.

A partir de 1992, le Teatro del Silencio hurle un monde sans Pinochet ; Cuba incendie la figure de Macbeth ; et la Troppa invoque Don Quichotte en rappeur et Jules Verne en voyageur éternel. Mais c’est en 1999, lors d’un voyage dans la résidence du Teatro de los Andes, dans cette vieille ferme investie près de Sucre, que l’immédiate fraternité avec la Bolivie fait exploser leurs cœurs, cheville les corps, étreint les distances. “« En jouant là-bas, et en mesurant leur théâtre de proximité, humaine et culturelle”, relate-t-il, “cela nous a fait réfléchir à notre propre pratique. Et cela nous a appris l’élan ».

Les voyages à Santiago du Chili, lors de la Mostra annuelle de Théâtre en janvier, deviennent la zone de chocs fraternels, « à mille à l’heure », et ouvrent la brèche du volcan dans lequel les Chimères choisissent de plonger. « Cela nous conforte dans l’obligation de ne pas recopier, de ne pas suivre, mais de rester la vitrine de ce que l’on ne voit pas ailleurs ». L’ambition est puissante, mais reste lucide sur la sentence qui suit, sans les surprendre. Paris et Bordeaux réclament une adaptation de l’offre à la demande, une proposition audible pour le plus grand nombre, susceptible d’être diffusée largement dans les territoires. D’une énigme, la particularité de Bayonne est désormais qualifiée de positionnement trop radical.

La décadence de l’homme sur le champ de ruines de ses idées, il a passé une bonne partie de sa vie à la mettre en scène et à la jouer comme une farce féroce, transcendée par les mots révoltés du chilien Marco Antonio de la Parra. La secrète obscénité de tous les jours est un affrontement qui ne cessera que lorsque les artistes annonceront la fin de ce qui n’avait pas été dit, de ce qui n’avait pas été fait. Pas avant. Il le sait fortement. Et son regard ne vacille pas.

Pour cette édition des Translatines ont été dès lors conviées les figures tutélaires, et protectrices. Les écrivains Gabriel García Márquez et Luis Sepúlveda. Le Teatro de los Andes, et Macbeth. Il s’agira cette année d’entourer des troupes émergentes, et les prises de scènes de l’Equateur et de la Colombie. Deux pays guère connus de ceux qui prétendent avoir les clés de la diffusion théâtrale mais qu’il invite pour nous faire ressentir le mot frère, et le mot camarade.

« Se confronter à ce qui ne nous ressemble pas. Et penser que cela peut changer le monde, au moins le temps où l’on s’est senti vivre ! », explose-t-il. Propager le cri. 32 ans qu’il n’est porté que par cela. Et par une question, perceptible de tous depuis quelques éditions, mais qu’il n’a sans doute jamais exprimé aussi explicitement qu’aujourd’hui : « Faut-il continuer ? ».

Il y a à peine un an, l’Espagne lui a répondu par l’affirmative, en lui remettant à Madrid le prestigieux Premio Max pour sa promotion du théâtre ibérique et latino-américain. Il n’est pas sûr de la même déférence en France, mais il n’attend pas d’autre réponse que celle du public, ici, cette année encore. « Il ne s’agirait pas d’un renoncement, mais d’un déplacement. Qu’ai-je envie de voir aboutir comme projet aujourd’hui… Une interrogation qui me fait trembler, vibrer, vivre ».

Et l’homme prévient. Il ne faudra pas compter sur lui pour s’enfermer dans un combat qui ne l’intéresse pas. Et accepter de s’incliner devant de grossières faenas d’un matador préparant l’estocade. « L’ancien endroit n’est jamais aussi séduisant que le nouveau, celui qui est à découvrir ».

De la grande Mnouchkine, il a retenu l’allégorie du théâtre comme une ascension. Sens de l’effort, solidité de ses convictions, et besoin de hauteur : du sommet atteint des Translatines, Jean-Marie Broucaret a peut-être aperçu d’autres cimes.

DU 12 AU 19 OCTOBRE 2013
Les Translatines
http://theatre-des-chimeres.com/wordpress/les-translatines


Commentaires

Une réponse à Translatines : l’homme sur les planches, et un cri [Flux#7]

  1. […] « le véritable coup de coeur » de cette Biennale, a prévenu son Directeur, Jean Marie Broucaret, en préalable du […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.