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Translatine : « La sangre, el riesgo, la libertad !! »

16 octobre 2013 > > Un commentaire

A l’écouter du haut de ses trente ans, Andrea Moreno Wray ne représenterait qu’elle, un sourire éclairant le visage de cette jeune femme venue d’Équateur pour renforcer l’équipe des Chimères, dans l’organisation des Translatines.

Trois semaines qu’elle a établi son camp de base, ici, au Pays Basque, à 8.984 kms de sa résidence habituelle de Quito, un séjour qui prendra fin dimanche, après la clôture du Festival. Trois semaines déjà mises pleinement à profit pour alimenter son appétit de théâtre qui, tout là-bas, constitue désormais son quotidien en tant que comédienne et auteur, dans son pays invité d’honneur cette année aux Translatines : une proposition loin d’être dérisoire pour une nation qui n’a connu dans son Histoire que deux Ministres de la Culture, par l’élection à partir de 2006 du Président Rafael Correa.

ramiro noriegaAutant sur le bord du Pacifique qu’ici, le hasard peut parfois favoriser de belles rencontres, quand, à la recherche d’une « guide théâtrale » pour parcourir ce pays, c’est à Paris qu’un professeur de théâtre, Ramiro Noriega (également ancien Ministre de la Culture d’Équateur), proposa son nom : la rencontre d’Andrea avec Jean Marie Broucaret se passa à Quito, Muégano Teatro (mardi), Malayerba (ce samedi à 19h30) et Carlos Gallegos (vendredi à 19h) trouvant leurs places dans la programmation 2013, quand elle obtint de rejoindre ces voyageurs.

Du théâtre, Andrea n’avait connu qu’une prime expérience au collège, puis, ensuite, « un sentiment de peur effroyable » de le continuer pendant ses études de Sciences Humaines. Tandis que toute une génération d’Équatoriens avant elle migra en Argentine pour l’étudier et le pratiquer, elle décida finalement de tourner le dos à cette destination, l’entrée à la compagnie-école Teatro del Cronopio de Guido Navarro, à Quito, l’incitant à croire que « l’on peut aussi créer du théâtre andin dans son propre pays« .

Quatre années d’études en écritures créatives, mêlées à son investissement instinctif dans le fonctionnement du lieu, avec, toujours, au fond de son ventre, l’incapacité d’affronter « cette peur si grande« , quand elle se lance pourtant sur les planches. « C’est comme ces enfants qui aiment se pincer, ressentent la douleur à s’en laisser des marques, mais restent fascinés par leurs sensations complexes« , résume-t-elle. Des pièces collectives sont montées, jouées, avec, au centre de ses interrogations, la possibilité d’investir les figures traditionnelles de la culture andine, principalement celles, festives et populaires, du clown et du bouffon, et d’en dépasser « la réalité« .

clown« Nos traditions constituent un territoire, que l’on contemple pour sa pensée, mais qu’il nous faut absolument dépasser« , ses mains dessinent un cadre, « il faut trouver, chercher au-delà de ce territoire, trouver un niveau d’énergie supérieur« , ses bras se lèvent, « pour nous, Andins, la certitude est que seul un espace flottant bien au-dessous du sol définit la réalité, la conscience de ce théâtre« , ses yeux reflètent la sierra de sa Cordillère natale.

Et sa conviction est faite : « Le théâtre doit être un risque pris, pour soi, mais également pour l’accueil du public, quand les transgressions que les metteurs en scène peuvent adopter n’ont pas nécessairement l’obligation d’être du « bon théâtre », codé pour sa compréhension large, mais portées par une exigence d’énergie, autour du corps en particulier« .

Dans sa langue, « la sangre, el riesgo, la libertad !!« hamlet teatro de los andes

De tout ce qu’elle a vu pour l’instant dans ces Translatines, elle a littéralement explosé de bonheur devant le « risque » pris par le Teatro de los Andes mardi soir, avec ce Hamlet ré-investi par un langage corporel inattendu, « total y muy muy andino« , le restant de sa soirée étant dès lors consacré à se dépêcher d’écrire sur son bloc-notes le flux d’émotions, d’idées et de sensations qui la parcouraient, « comme un rêve dont tu ne veux rien oublier à ton réveil« .

Désormais engagée avec une amie sur une compagnie en propre, Des Acuerdo Teatro, elle ne tire aucune amertume de n’avoir pas convaincu les Chimères avec leur première création, « un état de travail pas suffisamment abouti, sans doute« , et donc non retenue dans cette édition.

Mais ce risque de la représentation, Andrea Moreno Wray le prendra tout de même ce jeudi à 19h à la Maison des Associations de Bayonne. Elle serrera ses poings contre son ventre hésitant, puis se lancera dans une conférence théâtralisée autour de son premier livre, Relatos de tradicion, un travail de création littéraire autour de la tradition de la natalité en Équateur, et des sages-femmes aux croyances ancestrales.

Cela attendra son retour, qu’elle ne précipite pas, mais elle rêve de transgresser les célèbres Monologues du vagin d’Eve Ensler, d’y introduire « le rire et l’énergie du théâtre andin« . Son regard se trouble, elle pense déjà à son père qui lui répètera « ¡ Si tienes miedo hacerlo, no lo haces!« . Elle sourit.


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