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Le Tunnel DabaDaba, offensive street art contre le culturellement correct de Donostia 2016

9 septembre 2016 > > Un commentaire

Les rues de San Sebastian se font supports d’une guerilla street art portée par des grands noms du genre, dans l’objectif assumé de pallier les carences du programme de la Capitale culturelle européenne DSS2016, jugée sourde et aveugle aux vraies urgences culturelles.

« L’enjeu du Tunnel DabaDaba, c’est que plus jamais une capitale culturelle européenne ne néglige les expressions alternatives, en particulier celle du street art, sinon, comme ici pour Donostia 2016, son échec sera bien plus important que l’espoir suscité ».

Fede Sanchez vous regarde sans se satisfaire d’une quelconque insolence gourmande, il est tard et cette rencontre fortuite n’incite pas aux bavardages inutiles.

tunnel-dabadaba-donostia-2016-off-street-art-4Sa détermination ne porte pas sur le fait d’avoir raison avec une blague de comptoir mais d’ouvrir un débat sur « la place de toutes les cultures dans la map« , l’oiseau de nuit continue, « le pari des organisateurs de Donostia 2016 (#DSS2016) est que cette culture vivante qui a quelque chose à dire ne se voie pas, ne s’entende pas ».

La rencontre fortuite a lieu près du bar DabaDaba, dans le quartier Egia de San Sebastian, quelques heures après la fin du concert des Brian Jonestown Massacre organisé par ce lieu très alternatif de la ville.

Enfant de cette ville, il a connu les défaites perdues contre le franquisme, l’exil vers le Venezuela, puis le retour à 7 ans dans une ville encore sous la dictature, dont les murs étaient couverts de peurs et d’actions maquisardes dans le souffle armé de l’ETA.

Il n’a pas non plus oublié qu’il est l’un des rares survivants du bad dark wild side de la vie, « s’exploser la tête était tout autant une composante de la contestation rock’n’roll de l’époque qu’un projet politique espagnol, pour mettre hors d’état de nuire la jeunesse ».

tunnel-dabadaba-donostia-2016-off-street-art-3Cinquantenaire aujourd’hui, il en gardé le refus viscéral des compromis au goût âcre, et des manipulations trop visibles, résumé rapide d’une capitalité culturelle européenne qu’il ressent comme le désaveu des énergies perceptibles ici.

« Le programme tout joli et inoffensif de Donostia 2016 est avant tout une stratégie de communication culturo-touristique, de marketing de la manipulation, qui a soigneusement évité les sujets qui fâchent, et tout un pan de la créativité de ce pays n’a pas eu le loisir de s’exprimer librement », un geste vous enjoignant à venir le rejoindre dans les toilettes femme du bar, recouvertes de graffitis.

tunnel-dabadaba-donostia-2016-off-street-art-14Sur l’un d’entre eux, on y lit l’interpellation en langue basque « Wouh Ouh, 2016 ! Où est la culture ? », à laquelle une autre main a répondu par « Dans la rue », Fede s’en extasie, y voyant largement le sens de l’action entreprise ici depuis le mois de juillet.

« Pour cette année DSS2016, ont été exposées ici beaucoup de choses jolies, du coloriage inoffensif, mais d’autres artistes ont des choses à dire, pour lesquels l’art contemporain est le bon langage », la nécessité d’exposer une alternative a fait son chemin dans ses projets immédiats, et ses réseaux lui ont confirmé qu’il serait possible de « nourrir ceux qui savent voir ».

tunnel-dabadaba-donostia-2016-off-street-art-5Devenu l’artificier officiel depuis 2003 des actions de painting guerilla d’Obey pour la France, l’Espagne et le Portugal, Fede a tout de suite pu compter sur les francs tireurs du 9ème Concept de Montreuil (région parisienne), le premier collectif historique français du genre créé il y a 25 ans, qui ont déplacé un commando de street artistes sur place.

Clément Laurentin, Gilbert Mazoud, Jerk 45 ou encore Stéphane Carricondo ont investi la ruelle pour la transformer en un « tunnel de vie », avant qu’une liste impressionnante de grands noms du wall painting (le Madrilène Daniel Ferrer, l’Avignonnais Goddog, le Barcelonais Julian Lorenzo, le Parisien Grems)  et du land-art et autres sculpteurs (Mister Ride de Bayonne, Aitor Ruiz du Pays Basque sud, etc) ne viennent renforcer cette première ligne de front.

tunnel-dabadaba-donostia-2016-off-street-art-11Tous ne sont pas encore intervenus, la liste des empêcheurs de ronfler en coeur est longue (voir ci-après), « le projet n’est pas fini », et le sceau officiel DSS2016 n’est plus attendu.

« Au tout début du processus, le projet a été envoyé à la Tabakalera (le siège d’art contemporain épicentre de DSS2016, ndlr), complété par une demande de soutien financier non stratosphérique, coordonné autour d’une intervention imaginable d’Obey, mais aucune réponse concluante ne nous est parvenue, ni sur son objet ni sur les moyens de soutien possibles », regrette-t-il, et le silence sans politesse que lui offrent les principaux médias basques locaux, partenaires de DSS2016, ne l’encourage pas à changer d’humeur.

Il prend le soin de confier sa « joie contrainte » d’avoir vu tous ces artistes venir, mais peindre à leurs propres frais, « ceux qui pouvaient le faire dans ces conditions nous ont rejoints ».

Cette nuit n’est pas la première à l’entendre pester contre « cette culture aux mains d’élus qui en nient la dimension sociale, et son urgence artistique ».

Fede lâche encore une fois sa colère de voir des projets intéressants comme ceux de Spacejunk de la ville voisine de Bayonne s’être fracassés les dents sur d’inextricables dossiers à remplir en quatre langues pour être ensuite ignorés ou refusés par les responsables de DSS2016.

tunnel-dabadaba-donostia-2016-off-street-art-1Lui-même a mis la pain à la pâte, « la peinture est quelque chose qui a surgi dans ma vie, au moment où il m’a fallu réapprendre à vivre au Pays Basque après m’en être régulièrement éloigné ».

Il a peint son bonhomme fétiche, le open minded dude (« le gars super tranquille qui garde l’esprit ouvert »), la tête dans la nuit, comme perdu dans une galaxie où une planète a pris la forme d’un coeur.

« Le pire qui puisse arriver ici, ce serait que les jeunes se cassent parce qu’ils en ont marre de ne pas avoir d’espaces pour s’exprimer », commente-t-il, « la plupart acceptent de vivre de rien, mais ce type d’expérience humaine collective ne pourra suffire ».

Il lâche un « renégats » sans préciser sa pensée, puis s’éloigne.

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Adresse du Tunnel DabaDaba


tunnel-dabadaba-donostia-2016-off-street-art-9Mundaitz Kalea, 8, 20012 Donostia, Gipuzkoa, Espagne
site Facebook du DabaDaba

En venant de Bayonne, traverser la frontière franco-espagnole, prendre la sortie 7 « Donostia Loiola », suivre la direction départementale « Loiola », traverser le pont jusqu’au quartier Egia, descendre jusqu’au centre d’art Tabakalera, et tourner à gauche sur une centaine de mètres, et l’entrée du DabaDaba.


Les actions street art du Tunnel DabaDaba en direct live


instagramA suivre sur la page Event FB Tuneldabadaba et sur le compte Instagram #túneldabadaba2016


Liste des artistes maquis-arts prévus pour le Tunnel DabaDaba et autres actions à venir


tunnel-dabadaba-donostia-2016-off-street-art-2Shepard « Obey » Fairey (Etats Unis)
Dourone (Madrid) – Daniel Ferrer (Madrid) – JLR Tatoo (Madrid) – Julian Lorenzo (Barcelone) – Kobtropical (Canaries) – Aleix Gordo (Barcelone) – Joao Samina (Portugal)
9ème Concept (Montreuil) : Clément Laurentin, Gilbert Mazoud, Stéphane Carricondo, Jerk 45, Jeykill, Theo Lopez, Mathieu Dagorn…
Goddog (Avignon) – Amandine d’Urruty et Nicolas Barrone (Paris) – Grems (Paris) – Little Madi et Koralie (Paris) – Stéphane Moscato (Marseille) – Nasti (Bordeaux) – Pedro Richardo (Nantes) – JM Robert (Toulouse) – Joachim Romain (Paris) – Dan 23 (Strasbourg) – Taroe, Moyoshi, Bruno Leyval, Niwoz, ….-
Mister Ride (Bayonne) Supakitch (Biarritz) – Aitor Ruiz de Eguino (Hernani, Pays Basque sud) – Iker Valle (Tolosa) – Fede Sanchez (Donostia).


Traduction de l’article en espagnol, par Frederik Verbeke, Eklektika

tunnel-dabadaba-donostia-2016-off-street-art-7El Túnel DabaDaba, arte callejero ofensivo frente al culturalmente correcto de Donostia 2016



Commentaires

Une réponse à Le Tunnel DabaDaba, offensive street art contre le culturellement correct de Donostia 2016

  1. pantxo Desbordes dit :

    La Culture nest pas aux mains des élu-es. Ce qu’ils tiennent c’est la politique culturelle et l’argent prévu pour l’appliquer. Le constat fait des dernières Capitales européennes de la Culture est le même partout. Ce levier a permis l’érection de sanctuaires, le polissage des alternatives et leur récupération (arteleku le cas échéant), l’affirmation urbanistique de donner une place (temporaire si possible) à des œuvres dans l’espace public, comme le très beau projet In Varietate Concordia de l’hendayaise Marga Berra Zubieta, et surtout de lever des fonds participant, in fine, à la gentryfication des centres villes. En somme, rien de nouveau sous le soleil de Satan.

    Il n’en reste pas moins que la Tabakalera peut devenir un lieu génial, populaire et utile. Le DabaDaba profite indirectement de son succès et fortuitement, de ne pas avoir été associé à DSS2016, gardant au passage son « identité contre-culturelle », qui est le carburant du street art.

    Au bout du Tunnel, il y a un bar de nuit, le Daba Daba, de bons concerts une ambiance chaleureuse, des fois, et des bières artisanales à 5euros…Exit, through the gift shop!

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