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Une ‘Carmen’ sud-africaine à Biarritz : danser les rencontres [#AttentatsParis]

16 novembre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

A l’heure des attentats épouvantables sur Paris, Biarritz vibrait de l’invitation faite par le Ballet Malandain et Biarritz Culture à la pétillante chorégraphe sud-africaine, Dada Masilo, pour une puissante relecture dansée de l’opéra de Georges Bizet.

Ce vendredi 13 novembre nous a figés. Dans nos vies, dans nos consciences, dans nos quotidiens.

Ces coups portés à nos libertés inspirent le silence.

Tout ce qui a pu se passer avant l’assaut semble muet, légèreté comprise, et il est difficile de se concentrer sur autre chose que les essentiels qui font battre nos cœur et tentent de préserver la fragilité de nos conditions.

On pense aussi à ceux, qui, au loin, vivent ce cauchemar chaque jour.

Pourtant, lâcher le stylo, l’inutile, la fantaisie, la réflexion, reviendraient à céder à la peur, à la monotonie, à la pensée unique.

Plus que jamais, notre mot d’ordre à Eklektika, « ne rien lâcher », prend tout son sens.

Alors on écrit, et on continue de raconter la beauté qui ne cède pas.


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Crédit photo : Stéphane Bellocq

Vendredi 13 novembre, à 20h30, alors que nous pensions que la soirée serait douce, Carmen de Georges Bizet se dansait à la Gare du Midi, mise en scène par la pétillante chorégraphe sud-africaine, Dada Masilo, invitée par le Malandain Ballet Biaritz et Biarritz Culture.

La princesse bohémienne, Carmen, vue par une Afrique qui s’empare de toutes les danses, nous plonge avec surprise dans une ambiance de comédie musicale made in Broadway ou sortie d’un cabaret de Harlem. Ou les deux selon votre imagination.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq

L’énergie féroce de Dada Masilo revisite l’œuvre de Carmen avec beaucoup d’audace.

Il y a un petit goût du film musical Helzzapoppin (1941) avec son succulent passage The Harlem Congeroos par le pianiste Slim Gaillard et le contrebassiste Slam Stewart. Il y aussi un petit côté West Side Story, lorsque les bandes se font face et exultent.

Cette heure dynamique en présence de la compagnie survoltée aurait pu générer la fatigue du public. Elle aurait pu aussi déraper vers le « trop » (trop plein, trop rapide, trop fantasque et dispersé). Mais la flamme du spectacle est domptée par le souffle d’une passion maitrisée et on salue cet équilibre de danses, de silences, de musiques qui s’éclairent sans se brûler.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq

Rarement le flamenco s’est vu de tels ambassadeurs. Sans chaussures adaptées, sans costume traditionnel, ponctué de mouvement afros.

On parle pourtant bien de duende et cet art venu d’Espagne sait aussi bien servir cette Carmen féministe, érotique, joyeuse et sombre à la fois, que cette Afrique urbaine et talentueuse qui se l’approprie.

Crédit photo : Stéphane Bellocq

Les danses, classique et contemporaine, ponctuent l’histoire, au service de sa tragédie, de son bagout et de sa féminité. La puissance narrative la joue forcenée, notamment lors de certains pas de deux à la sensualité bouleversante, usant des émotions et des corps jusqu’à mimer l’acte d’amour presque sans pudeur, en toute beauté.

Dada Masilo honore l’héroïne effrontée et bouscule les codes du ballet.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq

Ca crie, ça s’insulte, ça invite le mot « Salope ! » en plein milieu de l’opéra, ça s’aime : on se croirait parfois dans un joyeux bordel bien décalé.

Les danseurs sont frénétiques et on remarque notamment l’un d’entre eux à la grâce particulière dans le rôle de Don José, l’amant éperdu. La scène du crime de Don Jose hurle la vulnérabilité de Carmen, cet oiseau rebelle qui n’en reste pas moins un oiseau et dont il est si tentant de violer la liberté pour y asseoir un pouvoir.

Crédit photo : Stéphane Bellocq

Souplesse, énergie, caractère sont les trois mots qui définiraient le mieux ces danseurs et danseuses dont la générosité ne s’épuise pas. Ils s’amusent de la vie et se confrontent au pouvoir. Une danseuse en culotte provoque une scène de ménage. La chorégraphie part délibérément en vrille et retombe sur ses pattes, la tête haute.

La salle n’était pas pleine mais on l’imagine pourtant plus que remplie si le spectacle avait eu lieu lors du Temps d’Aimer.

Crédit photo : Stéphane Bellocq

Bien sur, on connaît la musique. On s’est déjà transmis l’histoire. Mais cette œuvre, une des plus jouées au monde, se voir renouvelée encore une fois, chatouillant sans lassitude l’inspiration de ceux qui la visitent.

Du léger au grave, de la musique de Bizet au chant flamenco, le talent et le savant dosage de Dada Masilo laisse pantois, tout comme cette heure qui passe trop vite et nous laisse le souffle court, sourires aux lèvres, un vent de liberté dans les dents.

Crédit photo : Stéphane Bellocq

Il est l’heure de repartir chez soi, même si personne dans la salle ne sait encore que dehors, ce pays-là a pris un sacré coup.

La liberté, les rencontres culturelles, le métissage, les sourires, présents ce vendredi soir meurtrier, ont donné toutes sa valeur à ce Carmen sexy, déjanté et qui ne cesse de franchir les frontières.

Continuons de les servir.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq


 

logo-regard-en-coinToutes les photos sont à créditer (avec le chapeau bas) au talent de Stéphane Bellocq, dont le travail est visible sur son site Regard en Coin.


 


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