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Motos, littérature et cinéma : un « Born to be wild » bienheureux [Wheels and Waves 2015]

11 juin 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Du 11 au 14 juin à Biarritz, le festival Wheels&Waves renoue avec un imaginaire autour de ces fous de bécanes sur leurs drôles d’engins, puissamment nourri par le cinéma et la littérature.

En 1957, le roman de Jack Kerouac, Sur la route, provoque une secousse tellurique dans une génération américaine d’après-guerre assommée de rêves qui ne sont pas les siens, de ces petites maisons individuelles à cette course à l’électroménager aux relents d’enfermements.

Même si ce n’est pas en deux mais en quatre roues que nait le road movie de la beat generation, nombre de bikers restent durablement fascinés par la frénésie de liberté que dégage l’œuvre, et par la vision quelques années auparavant de L’Equipée sauvage, réalisé par Laszlo Benedek (1953) : une horde de motards, blousons noirs et santiags, qui dérange les paisibles villes de l’Ouest profond et fascine les jeunes filles, dirigée par l’explosivité sexuelle d’un jeune Marlon Brando en chef de gang.

wheels-waves-cine-8Le virage est définitivement pris, à fond de cales, qui fera du refus antimilitariste contre le Vietnam une autre bonne raison de préférer les balades en bécanes aux trop sages contraintes sociales, quitte à en payer le prix de l’exclusion et de la mort (Easy Rider, de Dennis Hopper, 1969).

Un rêve de liberté qui a toujours cours, jusqu’à s’installer toute cette fin de semaine près du Phare de Biarritz, à l’occasion du Wheels&Waves 2015 : rassemblement imposant de fous de bécanes sur leurs drôles d’engins, petit rappel à quatre mains dans Eklektika sur ce que la moto a nourri comme imaginaire dans le cinéma et la littérature.


Pelloches et bécanes

wheels-waves-cine-3Le fantasque journaliste gonzo Hunter S. Thompson avait les mots pour le dire : « l’amour est le sentiment éprouvé lorsque tu aimes quelqu’un autant que tu aimes ta moto ».

Il est de ceux qui ont entendu l’appel, ce fichu appel qui vous rend fou de désir de tailler la route et d’aller voir ailleurs. Avec un moteur entre les jambes et dans la tête.

Bien entendu, il y a les films classiques comme Easy Rider, puis à ceux-là, essentiels comme La Grande Évasion de John Sturges en 1963, avec Steve McQueen, où sa Triumph T110 de 1962 devient l’instrument possible de sa liberté, ou encore Motor Psycho de Russ Meyer, réplique vigoureuse aux seules figures masculines de l’exercice.

Fonzy dans la série Happy Days ne pourra pas avoir non plus autre chose que cette Triumph T110, mais dans cette multitude, c’est Sons of Anarchy et Challenge One (On any Sunday) avec (encore) Steve McQueen qui répond à la question des novices qui n’y comprennent rien : « pourquoi font-ils de la moto ? »

Deux roues pour vérifier que la terre est bien ronde : les motos ouvrent la voie au cinéma tout comme dans la littérature, au sens propre et au sens figuré. Elles sont parfois les outils dramatiques que les auteurs utilisent pour parler de l’aventure, de la rébellion, du mal-être mais aussi de la paix intérieure.

wheels-waves-cine-10Une expression de liberté, un détournement déterminé de la modernité, et la revendication d’un mode de vie pour l’utiliser comme et où bon vous semble. Comme cette jeune femme nue chevauchant un CL 350 Honda dans le film Point Limite Zero (Vanishing Point) de Richard C. Sarafian en 1971.

Présente dans les films de science fiction (Matrix, Terminator, Mad Max, Tron, ou dans de célestes nanars), l’excellente émission d’Arte, Blow Up, a recensé les principales représentations de la moto dans le cinéma : 13mn30 absolument délicieuses.


Quand motos et littérature font également bon ménage

Hell’s Angels de Hunter S. Thompson

Une année à côtoyer les fameux barbus en Harley Davidson, à les suivre dans leurs périples, à batailler pour défendre sa ration de bière, gagnant peu à peu leur confiance fut le défi réussi de l’auteur gonzo.

« En vrais anars, avec leur loyauté suicidaire, leurs rituels, leurs noms de guerre et leur conviction d’être en guerre contre un monde injuste ». Comme toujours avec Thompson, la subjectivité revendiquée de son travail finit par dessiner, à force de nuances et de contradictions, de ratures et d’essais, un portrait d’une qualité remarquable.

Le motard est destiné à périr sur son engin. L’amour pour sa machine est le signe de son individualisme têtu et son tempérament irréductible. Cette exaltation est ce que Rachel Kushner capture dans son roman Les lance-flammes.

Rouler vite et laisser son esprit à la dérive : « C’était du suicide ». Reno, l’héroïne du roman roule à travers le désert en essayant de battre un record de vitesse. Ce sont des moments qui restent pour toujours avec elle.

Liberté pour les ours !  de John Irving

Ce sont les années 60 et Siggy et Graff – amis idéalistes qui ont laissé tomber la fac et narrateurs farfelus de ce roman – vont sillonner l’Autriche sur une Royal Enfield 700cc. Siggy est tué dans un accident de moto, mais nous lisons son journal, détaillant l’implication de son père avec une unité de moto Wehrmacht. Et Hannes rencontre une fille superbe qui veut monter derrière lui.

Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes  de Robert M. Pirsig

Dissertation philosophique ou roman autobiographique ? Quel que soit votre choix pour ce classique culte, aucun article sur la moto littéraire ne peut l’omettre.

« Je me sens heureux d’être arrivé ici – et un peu triste en même temps. Parfois, mieux vaut voyager, qu’arriver ».

Le narrateur présente les principales écoles de la philosophie occidentale grâce à des métaphores de la mécanique moto, tout en voyageant à travers les États-Unis avec son fils à l’arrière de son bolide.

La mandoline du Capitaine Corelli par Louis de Bernières.

Une moto est aussi romantique. Du moins l’est-elle pour le capitaine étranger qui parcours l’île de Cephalonie, quand il ne joue pas de la mandoline, avec la belle Pelagia aggripée à sa taille. Des années plus tard, il reviendra en moto la retrouver.

Plus qu’un simple moyen de déplacement, elle est surtout considérée comme une échappatoire à un mauvais mariage, une perte ou une crise de la quarantaine. Ou servir à un éveil politique et social, comme une prise de conscience et une révélation du monde qui nous entoure, comme ce fut le cas pour Alberto et Ernesto.

Sur la route avec Che Guevara d’Alberto Granado

En décembre 1951, Ernesto Guevara de la Serna, vingt-trois ans, étudiant de santé fragile, se laisse entraîner par son ami Alberto Granado dans un projet intrépide : la traversée de l’Amérique du Sud à moto, de leur Argentine natale jusqu’à la mer des Caraïbes.  Les deux amis se donnent quelques semaines : leur périple durera sept mois, à moto mais aussi en cargo, en avion, et en train.

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Et bien entendu, Voyage à motocyclette par Ernesto Guevara de la Serna (pour information, leur chère Poderosa était une Norton 500).

Et même les poètes ont célébré la moto. On peut citer l’Autrichienne Elfriede Jelinek ou Ted Hughes, dans ses Poèmes.

Dans Une moto, les hommes sont de retour de la guerre, plongés dans l’ennui et l’apathie vivant dans une « Angleterre réduite à la taille d’une piste ». Mais l’un d’eux acquiert une moto, et la vie recommence sur la route ouverte.

« Une semaine plus tard, à califourchon, avant l’aube, / Un matin glacial brumeux, / Il a échappé // Dans un poteau télégraphique / Sur la longue ligne droite de l’ouest de Swinton. »

Pour clore ce dossier spécial Wheels&Waves 2015, et vous donner un peu de son dans vos propres recherches, un Ride proposé avec les Californiens de The Dandy Wharols.


wheels-and-waves-biarritz-juin-2015-AGENDATout le programme de Wheels&Waves 2015 à Biarritz

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