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‘Winter Sleep’ : somme toute, un bon filme (mais sans verser dans l’excès de la presse)

17 août 2014 > > Un commentaire

Au-delà de l’obtention de la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes, le nouveau (et 7ème) film du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan, Winter Sleep (Sommeil d’Hiver) s’est annoncé sur les écrans aoûtiens par un déluge de critiques dithyrambiques, rassemblées par Memento Films, son distributeur et co-producteur français, dans ses encarts pub.

Et ça ne lésine pas sur les superlatifs.

« 3h15 de bonheur total », Télérama – « Un immense film », L’Express – « Un choc », Les Échos – « Un enchantement », La Croix – « Ébouriffant », Positif – « Un éblouissement », La Vie – « Superbe », les Inrocks, etc…

De quoi faire votre choix, ou s’y perdre, sans vous retrouver complètement dans l’une ou l’autre de ses affirmations.

winter-6Dans le contexte, voilà de quoi plonger les cinéphiles dans la situation d’un gastronome à qui on proposerait une tête de veau aux groseilles, assortie d’une unanimité intrigante : ça peut être très bon et vraiment étonnant, même si la crainte d’une certaine lourdeur fait trembler sa fourchette.

En fait, pour rester dans l’analogie culinaire, ce Winter Sleep a les défauts de ses qualités, un peu comme une zarzuela turque, cuisinée ici avec des ingrédients régionaux comme la rudesse des hivers enneigés et la région troglodyte de Cappadoce, et avec de solides morceaux de références cinéphiles parfois très fortement saupoudrés : constitué de nombreux emprunts de choix, l’ensemble n’a pas forcément autant de puissance que chacun des mets à eux seuls.

winter-7Pour introduire la vie quotidienne de ce vieil Aydin, comédien à la retraite, qui tient un petit hôtel en Anatolie centrale avec sa jeune épouse Nihal et sa sœur Necla, le cinéaste turc a puisé dans ce qui se fait de mieux dans le « cinéma-d’auteur-adoré-par-les-Festivals-comme-Cannes » :
– trois nouvelles de Tchekov pour le récit,
– des plans en caméra fixe pour de loooooongues scènes de discussions particulièrement appréciées des nostalgiques de Bergman,
– une nature majestueuse mais inquiétante que des cinéastes comme le Hongrois Béla Tarr et le Grec Théo Angeloupoulos ont imposée comme l’arrière plan idéal des déchirements de l’âme, et que Nuri Bilge Ceylan a su nous faire découvrir au sein du Parc National d’Anatolie.
capadoce– et, pour donner de la chair et du liant au tout, des personnages un peu théâtraux dont les regards parlent au moins aussi bien que leurs lèvres (mention spéciale dans ce cas pour la distribution vraiment réussie des acteurs choisis).

De tout cela, Nuri Bilge Ceylan en possède la grammaire à la perfection, rendant toute pèque la presse cinéma spécialisée, qui crie au retour des valeurs qui l’ont fait naître. Soit. Les mêmes useront de hurlements d’orfraie quand ils constateront (avec délice) que nous ne partageons pas obligatoirement leurs enthousiasmes : c’est aussi cette distance avec le spectateur lambda qui leur donne l’impression d’être indispensables à notre compréhension du cinéma. Laissons-les ériger ces temples d’or du 7ème art, conçus pour n’accueillir qu’une poignée d’entre nous, et surtout pas tout le monde : nous les vexerions de les classer mainstream.

winter-5Mais le réalisateur peine à nous convaincre du « pourquoi » de son film, ou traduit autrement, de sa morale politique, qu’il revendique avec cette œuvre, dans son exploration de la cohabitation d’un noyau de gens très aisés au milieu d’habitants en péril social ordinaire.

Que la presse de gauche s’extasie sur ce dilemme introduit d’un jet de pierre par un enfant sur la voiture du riche propriétaire de l’hôtel ne confèrera tout de même pas à ce film la possibilité d’être le porte étendard du Grand Soir socialo-communiste.

Et que la presse de droite y décèle l’impossibilité de juger les caractères des membres d’une famille (en fait, tous se détestent foncièrement, ne sachant pas comment sortir de leurs contradictions internes) rejoindra une vieille anthiène qui réchauffe leurs morales actuellement (un peu) bouleversées.

winter-ceylanLe sentiment que l’on peut sincèrement poser sur Winter Sleep, c’est qu’il est somme toute bon, dans la démonstration d’un savoir-faire d’un cinéaste qui a gommé la complexité de ses premiers films (comme Uzak ou Les Climats), et dans une veine qui nous réconciliera pour la plupart avec le cinéma d’auteur pensé exigeant. C’est à dire dans ce qu’il peut véhiculer de poésie, de souffle parfois, mais pourrait ne pas provoquer en nous « le choc » ressenti par d’autres.

Film visible au Royal de Biarritz et à L’Atalante de Bayonne.

Un film moins récompensé que celui-ci, pas encore visible sur les écrans français, semblerait être en mesure de justifier pleinement les superlatifs prêtés à Winter Sleep : Leviathan du cinéaste russe Andreï Zvyagintsev, plus court d’une demie-heure, semblait promis pour beaucoup à la récompense suprême de Cannes 2014. Il en est tout de même reparti avec le Prix du Scénario, nous ne l’attendons qu’avec plus d’impatience.

leviathan


Commentaires

Une réponse à ‘Winter Sleep’ : somme toute, un bon filme (mais sans verser dans l’excès de la presse)

  1. […] regard peut s’interroger sur des œuvres programmées comme Mange tes morts, Winter Sleep, Mommy, Le Sel de la Terre ou une rétrospective Agnès Varda, en infraction patente avec les […]

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