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Xabi Molia, scénariste de ‘Sanctuaire’ : « Nous avons le devoir d’humaniser les terroristes »

22 janvier 2015 > > Soyez le premier à réagir !

« Depuis le 11 septembre 2001, la notion de terroriste a envahi le champ de la raison. Si on est démocrate, on n’a pas le droit de simplifier l’autre », entretien avec Xabi Molia, scénariste du film Sanctuaire sur la guerre sale au Pays basque montré au FIPA 2015.

La plongée dans les années de guerre sale entre la France et l’Espagne au sujet du Sanctuaire offert à l’ETA dans les années 80 a donné lieu à un film extrêmement percutant et réussi (voir ci-dessous), sous la caméra d’Olivier Masset-Depasse, jeune réalisateur franco-belge à qui l’on doit un autre film choc, Illégal, sur des sans-papiers russes en 2010.

Pour celui-ci, présenté le 21 janvier 2015 au FIPA, c’est avec l’aide du réalisateur bayonnais Xabi Molia (Huit fois debout, Les conquérants) qu’a été construite et enrichie cette fiction au moment des années du GAL, ces commandos de mercenaires français payés par Madrid, et envoyés sur le territoire français pour traquer, torturer et tuer des militants basques supposés être des etarras, avec la complicité de policiers français.

« Nous avons le devoir d’humaniser les terroristes », a-t-il expliqué à Eklektika.

« Il fallait faire ce film, surtout en prenant conscience que les années 90 ont été oubliées d’une très grande partie de nos concitoyens », une motivation qui lui fait rejoindre en juin 2010 l’équipe de production qui en était au stade du développement du projet, avec l’aide en particulier de la Région Aquitaine.

Bayonnais ayant grandi dans « un GAL erroné, où leurs actions sanguinaires étaient reléguées au titre de guerres de factions rivales au sein d’ETA, selon l’image qu’avait véhiculé l’Espagne et que ne démentait pas la France », il aura été mis à contribution durant deux ans pour nourrir le scénario, puis, l’an passé, pour ré-écrire les dialogues de la version définitive, plus resserrée.

GAL 2

Attentat du Gal, Bayonne, 1985. Photo : Daniel Velez

« Il a fallu se nourrir du réel, approcher et écouter des policiers et des militants de l’époque, et également des conseillers de Mitterrand », le résultat ne prétend donc pas s’inscrire dans une rigueur du réel, tout en légitimant le rôle de la fiction.

« C’est un espace possible de la réalité, au plus près d’elle quand on sait que le travail de caméra peut s’avérer impuissant à capter le réel », la disparition des témoins clés ou l’exercice toujours d’actualité de la langue de bois le contraignant.

Il ne parle pas la langue basque, n’est pas un « spécialiste de l’ETA », mais Xabi Molia confie sa fierté d’avoir été de ce projet, « pouvoir faire entendre le Pays Basque », et cet épisode particulier de la guerre sale.

guardia« Durant cette période grise, les socialistes étaient les premiers à défendre les combattants d’une dictature comme celle de Franco », et la transition démocratique espagnole, passée la mort du Caudillo en 1976, « n’a jamais eu de procès de Nuremberg pour en punir les responsables ».

A l’écran, Sanctuaire a dès lors positionné un niveau d’empathie avec certains de ses personnages, que cela soit ce chef d’ETA, Domingo Iturbe « Txomin », l’ancienne chef Yoyes (assassinée par l’organisation armée dans son village natal), ou ce personnage de conseiller de l’Elysée, chargé d’accompagner des négociations de paix.

ETAUn positionnement assumé, loin du message habituel des dépêches AFP qui rappellent que « l’ETA est tenue pour responsable de la mort de 829 personnes en quarante ans de lutte armée au nom de l’indépendance du Pays basque et de la Navarre ».

Un raccourci insuffisant, qui en gomme la raison d’être initiale selon Xabi Molia, et en dissout également une analyse plus humaniste.

eta atentado« Depuis le 11 septembre 2001, la notion de terroriste a envahi le champ de la raison. Si on est démocrate, on n’a pas le droit de simplifier l’autre. Lui enlever la faculté de raisonner. Le combattre, c’est tenter de le comprendre, c’est de résister à la simple idée de le considérer comme un fanatique, au risque alors de nous abaisser à son niveau ».

Les récents évènements à Charlie Hebdo l’ont conforté dans cette opinion, « les tueurs de Charlie n’étaient pas des gens extérieurs. Ils ne sont pas nés dans le 93, ou dans une banlieue parisienne. Ce sont des Français, qui n’ont pas pris le discours de la république et de la démocratie comme les autres. Sans leur pardonner, c’est notre droit, notre devoir de voir cela plus profondément. Les traiter de fanatiques est donc insuffisant, nous devons nous aussi passer par l’interrogation sur notre société ».

Et il conclut : « c’est notre devoir d’humaniser ces questions ».

 


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