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Zawp de Bilbao : détester le vide, ré-investir l’espace [2/2]

16 janvier 2015 > > Soyez le premier à réagir !

L’avenir du ZAWP face au »Manhattan de Bilbao » de Zaha Hadid inscrit son énergie dans la conscience d’une expérience éphémère, mais aussi sur sa valeur pour ici, avant d’autres actions ailleurs.

L’expérience d’autogestion culturelle des friches de Zorrotzaurre (voir ci-dessous la 1ère partie de ce dossier), aussi saluée soit-elle, doit affronter le tic-tac inéluctable du masterplan de Zaha Hadid, qui transformera la surface du quartier en ile moderne d’une superficie de près de 840.000 mètres carrés.

masterplan-bilbao-zawpDes 400 habitants qui vivent encore dans cette zone, l’objectif final est de parvenir à attirer ici 15.000 nouveaux habitants, et de nouveaux métiers qui n’auront plus rien à voir avec les 90 métiers de la métallurgie et de la construction maritime que comptait cette presqu’ile au début des années 1990.

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Crédit photo : ZAWP Flickr

Entre ces deux vies du passé et du futur, le ZAWP a su imposer et partager son désir d’intervention alternative, culturelle et sociale, du quartier en friches, par « l’usage temporaire de ces espaces à travers des cessions ou locations à bas prix » dans le but de maintenir ainsi en vie l’espace et la zone, et offrir aux créateurs, architectes, artistes, espace où ils peuvent entreprendre et créer.

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Crédit photo : ZAWP Flickr

Interrogés sur la question de leur existence à court terme par Eklektika, les responsables du ZAWP estiment pourtant que le projet n’est pas à l’abri de disparaître, du moins sous sa forme actuelle. »80% de ces espaces seront détruits dans le cadre de la première phase du masterplan, et les 20% restants deviendront propriété de la municipalité, de sorte que, dans un premier temps, l’association devra sans doute se transférer à d’autres espaces de la deuxième phase, qui devraient rester debout quelques années de plus », projettent-ils.

Initialement, la logique s’est portée sur la « régénération économique et sociale d’une zone industrielle dégradée en générant des opportunités basées sur la culture et la créativité ».

Après avoir joui de cette offre culturelle ces dernières années, plus d’un habitant de Bilbao, de l’autre côté du fleuve, pourrait regretter la disparition des pavillons investis aujourd’hui par les artistes qui ont exercé dans une gamme généreuse et ouverte.

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Crédit photo : ZAWP Flickr

C’est sans doute en cela que le premier parti aura été réussi : nourrir l’adhésion des habitants de Bilbao, en cherchant et recueillant des témoignages, des photos, des sons, et en organisant en exposition mémorielle de la trace des indigènes d’ici.

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Crédit photo : ZAWP Flickr

Une radio, puis une télé participative ont été imaginées et mises en oeuvre pour prolonger ce travail de déseffacement, le mouvement ZAWP revendiquant son implication originelle dans « des projets en relation avec la récupération et mise en valeur de la mémoire de la zone ».

Les pincements au coeur se sont ralentis avec les couleurs bariolées des artistes qui relookent et font palpiter les hangars désertés, mais l’infarctus n’est pas loin.

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Crédit photo : ZAWP Flickr

Car l’ultime mastodonte à ne pas rendre les armes, l’usine Vicinay Cadenas et sa fabrication de chaînes de gros gabarits, fleuron mondial de l’industrie locale, a acté son déménagement vers le grand port voisin de Sestao. Ce géant avait su jouer la carte de la proximité, en étant le grand mécène de la réhabilitation artistique et culturelle du ZAWP.

Désormais, les grondements des engins de destruction remplaceront bien vite le bruit de ses chaines de productions.

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Crédit photo : ZAWP Flickr

L’idée d’une participation volontaire des entreprises pendant les différentes phases des travaux a été imaginée un temps, la notion de négoce de l’art n’étant pas plus grossière que l’obligation de vivre sous perfusion publique.

Mais sans doute que le problème ne réside pas là, la nature éphémère du projet étant inscrite dans ses gènes dès le début.

« Comme son nom l’indique, Zorrotzaurre Art Work in Progress (ZAWP), est un projet de l’association hACERIA arteak qui est né pour agir pendant le processus de transformation urbaine. C’est donc un projet conçu sous le paradigme de la temporalité et, partant, il est voué à disparaître, du moins sous sa forme actuelle ».

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Crédit photo : ZAWP Flickr

Et les responsables du ZAWP n’ont pas l’intention d’alimenter des mobilisations, pas la peine de chercher de ce côté-là.

« Nous devons dédier notre énergie à nous concentrer sur la suite », expliquent-ils, « les pavillons sont des outils de travail, mais pas l’objet du projet, et, de ce point de vue, ils ne sont pas une valeur essentielle pour la continuité de ce mouvement », soulignent-ils.

Le problème plus critique résiderait tout d’abord dans la dangerosité de ces friches, « que beaucoup d’espaces ont été abandonnés et font l’objet de pillages (cuivre, tuyauteries, coffrages, etc), de sorte qu’il devient très difficile, voire dangereux, de mener des activités à l’intérieur de ces espaces ».

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Crédit photo : ZAWP Flickr

A la question de savoir quelle est leur opinion sur le méga projet de transformation urbaine, les responsables du ZAWP s’unissent sur le fait que ce projet d’urbanisme diffère finalement très peu d’autres projets.

« Il est positif pour les uns et négatif pour les autres. Il ne répond à aucun modèle nouveau sur le fond, même s’il paraît l’être dans la forme. Il s’agit d’un projet pensé pour et par ceux qui viennent plutôt que pour ceux qui s’y trouvent déjà », complètent-ils.

Sans doute ont-ils eu l’intelligence de se positionner pas tant contre que radicalement différemment de ce futur Manhattan basque.

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Crédit photo : ZAWP Flickr

Ses membres ont ainsi créé une sorte de « Bilbao off », comme une réaction d’amour pour les gens et de haine contre les pluies d’argent qui s’abattent sur les lieux, sans envisager de les redistribuer aux mêmes.

Et cela pourrait se propager comme la trainée de poudre d’un feu d’artifice : le ZAWP, en tant que mouvement social et culturel, prendra de nouvelles formes, avertissent-ils.

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Crédit photo : ZAWP Flickr

L’association hACERIA arteak, à l’origine du ZAWP actuel, espère « promouvoir d’autres ZAWP qui arrêteront d’être Zorrotzaurre Art Work in Progress pour devenir Zone Art Work in Progress, un concept et un know-how applicable à différents espaces urbains se trouvant dans des conditions de transformation urbaine similaires », complètent-ils.

Car, fondamentalement ancré dans le local, le ZAWP l’est autant dans l’international : il fait partie de réseaux internationaux qui réunissent des centres culturels construits et conçus par des citoyens et des mouvements associatifs, comme le réseau Trans Europe Halles ou Red Transibérica de espacios culturales independientes.

On aura rarement autant été admiratif devant la réalisation concrète de ce vieil adage du marketing virtuel, « agir local, penser global ».

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Crédit photo : ZAWP Flickr


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